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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Une collecte conciliant goût et connaissance

L’histoire singulière de la collection Lebaudy-Griaule

Une collecte conciliant goût et connaissance

1.L’expédition Lebaudy-Griaule est en réalité organisée en deux missions associées, l’une dirigée par Griaule et l’autre par Lebaudy. La première a un caractère proprement scientifique – collecte d’objets, enquêtes de terrain –, tandis que la seconde, composée de Jean Lebaudy, de son épouse Henriette, de sa fille Jeanne, de son ami le Dr Robert Dupont, spécialiste des maladies tropicales, et de l’épouse de ce dernier, s’inscrit davantage dans la tradition des voyages d’exploration ; Lebaudy réalise des relevés destinés à établir des itinéraires pour les Armées et le Dr Dupont mène des investigations sur les pathologies locales. À noter que les deux missions associées se déplacent chacune indépendamment mais se retrouvent de temps à autre, notamment en janvier à Zinder au Niger ou en avril au bord du Lac Iro (agenda 1939 de Solange de Ganay, (Fonds Solande de Ganay, sdg _B_a_01_02) ; carnet de route n°5 de Jean-Paul Lebeuf, 1938-1939 (Fonds Annie et Jean-Paul Lebeuf, Fleb_C_a_005).2.Selon l’« Inventaire de la Mission Lebaudy-Griaule. Soudan français » du musée de l’Homme (Musée de l’Homme, 1939) adressé par Josette Rivallain du Département d’Afrique noire à la collection de l’UDS en 1998.3.Une dizaine d’objets ethnographiques acquis par Marcel Griaule pour l’industriel ont pu être clairement identifiés par la confrontation des données du « carnet d’objets » de Lebeuf (mission Lebaudy-Griaule, Fonds Annie et Jean-Paul Lebeuf, Fleb_C_e_01) aux photographies et fiches de terrain des fonds Griaule, de Ganay et Lebeuf. Parmi ces objets, nous pouvons citer le masque zummi du Mont Tabi (n° d’inv. 2002.0.279), les trois masques kouroumba (2002.0.236 à 238), la hache d’apparat de Kano (2002.0. 123 et 195) et le plantoir goula (2002.0. 242) de la collection de l’UDS. Quelques objets archéologiques ont également été collectés pour Lebaudy sans que nous puissions, en l’état actuel des recherches, avancer leur nombre exact : sur les deux cents objets archéologiques correspondant aux entrées 185 à 385 du carnet de Lebeuf, et vraisemblablement à destination de Cabrerets, seul le couvercle d’urne funéraire sao (2002.0. 224) présent dans la collection de l’UDS a pu être formellement identifié.4.Jeannine Riess rapporte les propos de Germaine Dieterlen recueillis lors d’un entretien dans le cadre de son mémoire de DEA à l’UDS en 1991 : « Griaule, Solange de Ganay et les autres étaient partis aux environs du Lac Tchad ; Griaule m’avait demandé de remonter à Bandiagara et de récolter des objets, surtout des masques. C’est ce que j’ai fait ! J’ai parcouru la région à cheval ; c’est ainsi que je me déplaçais. Tous les objets ont été payés… Ce n’était pas un travail de femmes. Surtout par rapport aux masques ! Mais j’ai exécuté la tâche qui m’avait été confiée. Ordre avait été donné de les expédier à Cabrerets, dont on m’avait indiqué l’adresse. C’était pour la propriété des Lebaudy dans le Lot » (Dieterlen, cité par Jeannine Riess, Les objets dogon à Strasbourg. Approche ethnologique dans la perspective de l’École Griaule, Mémoire de DEA, Université de Strasbourg, Institut d’ethnologie, 1991, pp. 8-9).5.Ces documents sont conservés dans les fonds Marcel-Griaule, Solange-de-Ganay et Annie et Jean-Paul-Lebeuf, à la Bibliothèque Éric-de-Dampierre, MAE, à l’Université Paris Nanterre, tandis que les archives de Germaine Dieterlen, lesquelles n’ont fait l’objet que d’un pré-inventaire, sont conservées à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’histoire naturelle.6.Dans les deux cas, les cinq cent onze collectes effectuées par la mission Griaule furent répertoriées par Lebeuf dans le carnet « Mission Lebaudy-Griaule 1939. Carnets d’objets » (Fonds Annie et Jean-Paul Lebeuf, Fleb_C_e_01) et toutes furent complétées par une documentation exhaustive comprenant des enregistrements photographiques et phonologiques. Et si les feuillets descriptifs des objets destinés à Lebaudy n’ont pas été retrouvés, toutes ces collectes s’intégrèrent dans des enquêtes plus larges qui donnèrent lieu à la production de fiches évoquant la signification et l’usage des artefacts. C’est la raison pour laquelle certains objets destinés à Cabrerets sont, dans la liste tenue par Lebeuf, accompagnés d’un renvoi à ces fiches.7.Éric Jolly, Marcel Griaule, ethnologue. La construction d’une discipline (1925-1956), Journal des africanistes, 71 (1), 2001, pp. 149-190, ici p. 170.