Recherche avancée

à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

Vous êtes ici :  Accueil » Événements » Vivants objets » Les archives : mémoire des objets, miroir de leur collecte

Les archives : mémoire des objets, miroir de leur collecte

Vivants objets

Les archives : mémoire des objets, miroir de leur collecte

Les collectes effectuées en Afrique par les missions ethnographiques ou missionnaires de la période coloniale ont souvent privilégié les objets de la vie quotidienne. Entre 1931 et 1933, sous la direction de Marcel Griaule, l’équipe pluridisciplinaire de la mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti[2] a prélevé environ 3 600 objets. En dépit de sa nature controversée (pillage pour certains, sauvegarde pour d’autres), le corpus de cette mission constitue un objet d’investigation privilégié en raison du caractère systématique de sa documentation. À l’encontre des séries « d’objets morts » des collections d’alors, la « nouvelle méthode » pratiquée par Griaule entendait « entourer chaque objet d’une espèce de gaine de vie »[3] au moyen d’une enquête intensive conduite sur chacun d’eux. Ainsi, les objets détenus par le musée du quai Branly[4] sont-ils enveloppés d’une volumineuse documentation comprenant à la fois les fiches descriptives conservées au musée, les notes de terrain et les photographies déposées à la Bibliothèque Éric-de-Dampierre et au Muséum national d’histoire naturelle, le journal de voyage rédigé par Michel Leiris[5] et les publications scientifiques des membres de la mission[6].

 

2.Les membres de la mission avaient pour objectif de rassembler et d’étudier des objets du patrimoine africain dans des sociétés « traditionnelles » qu’ils croyaient condamnées à une disparition imminente en raison des changements introduits par les Européens (cf. Marcel Griaule, Buts et méthodes de la prochaine mission Dakar-Djibouti, in M. Griaule et al., Cahier Dakar-Djibouti, Meurcourt, Édition Les Cahiers, 2015, pp. 101-119, ici p. 106).3.Marcel Griaule, Buts et méthodes de la prochaine mission Dakar-Djibouti, in M. Griaule et al., Cahier Dakar-Djibouti, Meurcourt, Édition Les Cahiers, 2015, pp. 101-119, ici p. 111.4.Appartenant d’abord au Musée d’ethnographie du Trocadéro, puis au musée de l’Homme, cette collection a été transférée au musée du quai Branly. Elle « est à ce jour le “cœur” et une référence incontournable des collections publiques françaises par son exhaustivité et la richesse de sa documentation ». (Hélène Joubert, La Mission Dakar-Djibouti, Quelques grands moments de la collecte ethnographique à travers la collection du musée du quai Branly, in Nicolás Sánchez Durá & Hasan G. López Sanz (éds), La Misión etnográfica y lingüística Dakar-Djibouti y el fantasma de África, 1931-1933, Valencia, MuVIM, 2009, p. 283.5.Michel Leiris, L’Afrique fantôme, in Miroir de l’Afrique, édition établie, présentée et annotée par Jean Jamin, Paris, Gallimard, 1996.6.Ce corpus est publié dans Marcel Griaule et al., Cahier Dakar-Djibouti, édition établie, présentée et annotée par Éric Jolly et Marianne Lemaire, Meurcourt, Édition Les Cahiers, 2015.7.En particulier la brochure conçue par Marcel Griaule et rédigée par Michel Leiris : Instructions sommaires pour les collecteurs d’objets ethnographiques, Musée d’ethnographie (Museum national d’histoire naturelle) et Mission scientifique Dakar-Djibouti, Paris, Palais du Trocadéro, 1931.8.Lors de l’expédition Dakar-Djibouti, les objets étaient en principe prélevés pour leur valeur de témoignage, et non pour leur valeur formelle. Toutefois, l’intérêt des membres de la mission pour la plastique des masques, sculptures, peintures ou gravures, ainsi que la mise en valeur de ces objets dans leurs publications, attestent de leur sensibilité esthétique à de nombreux artefacts. La collection Dakar-Djibouti a d’ailleurs inspiré de nombreux travaux de référence sur l’art africain, de Marcel Griaule à Michel Leiris.