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Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Carnets photographiques

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

Carnets photographiques

Dans les parties précédentes, il a déjà été question à plusieurs reprises des carnets employés par les membres des missions Griaule pour lister et documenter avec rigueur les photographies prises sur le terrain. Il convient toutefois d’y revenir pour examiner à la fois l’évolution de ces documents d’une expédition à l’autre ainsi que la nature exacte des informations qu’ils contiennent.

Pour toutes les missions Griaule, ces « carnets » ou ces « catalogues » photographiques correspondent au moins à trois strates d’écriture. Les informations sur chaque cliché sont d’abord consignées au brouillon juste après la prise de vue ; après le développement, elles sont recopiées au propre dans un carnet (en ajoutant la numérotation des photographies) ; enfin, elles sont dactylographiées après le retour du terrain (en précisant les tirages et les plaques manquantes). D’une version à l’autre, l’auteur ou le copiste peut changer, et le dactylographe semble même extérieur aux missions Griaule au regard de ses nombreuses erreurs de retranscription. Par ailleurs, une mission dispose de plusieurs carnets correspondant chacun à un format différent de plaque ou de pellicule. À l’exception de la première expédition et de certains brouillons, il s’agit toujours de carnets manifold produisant un original et sa copie carbone.

Dans le cas de la mission Abyssinie (1928-1929), le brouillon n’a pas été retrouvé. Sa copie mise au propre est un carnet soigneusement écrit à la plume avec sur chaque page, séparées par de grands traits, les descriptions sommaires des photographies[1]. Celles-ci s’apparentent à de courtes légendes indiquant par exemple « église d’Azetta », « porteuse d’eau d’Addiet », « tours en bois ». Le lieu est généralement précisé ainsi que le nom des personnes que Griaule côtoie, mais aucune date n’est mentionnée. En définitive, les seules informations qui ne se réduisent pas à une simple légende sont de rares schémas donnant l’orientation d’un édifice ou d’un paysage.

Pour Dakar-Djibouti (1931-1933), l’examen d’un des carnets de brouillon[2] montre que les différents photographes de la mission – Éric Lutten, Marcel Griaule, Michel Leiris – consignent sur une même page les informations relatives à leurs prises de vue. Écrites sur le moment et dans un style télégraphique, ces notes sont parfois très courtes et semblent servir de simples mots clés pour identifier et caractériser une image, à des fins d’inventaire. D’autres descriptions sont en revanche plus développées et soulignent volontairement certains détails. Parfois, quelques schémas les accompagnent pour préciser généralement l’orientation et l’emplacement de différents édifices. Longues ou brèves, ces informations incluent des transcriptions approximatives et souvent fautives de noms propres ou de termes vernaculaires. Après avoir été recopiées au propre sur le carnet suivant, toutes ces notes sont biffées au crayon sur le document d’origine.

Le scripteur de la nouvelle version est très souvent le secrétaire archiviste de la mission, Michel Leiris[3]. Il donne à chaque photographie un numéro correspondant à celui porté sur le bord de la pellicule ou de la plaque. Il corrige également certaines erreurs de transcription et ajoute si possible les références des fiches et des objets ayant un lien avec le cliché. Enfin, il réorganise, retouche ou complète brièvement chaque description, mais en omettant souvent la ponctuation et sans se préoccuper de la clarté de ces légendes à usage purement interne. Par exemple, « Sãgaso – 2 photos du korodiuba » devient « 191-192- Koreduga en costume cf 1771 à 1776 Sagaso (cf Sociétés – Kore) ». Décryptée, cette nouvelle légende peut se lire ainsi : photographies n° N.191 et 192 : bouffon koreduga en costume, village de Sagaso ; voir les objets collectés n° 1771 à 1776 ainsi que les fiches intitulées « Sociétés – Kore ». Les schémas se complexifient également, avec des plans indiquant l’angle, le lieu et le numéro d’inventaire des différentes photographies prises au sein d’un ou plusieurs bâtiments[4].

1.Carnet photographique 1928-1929 : lesc/fmg_E_b_01.2.Les différents carnets photographiques de la mission Dakar-Djibouti sont archivés dans les fonds Marcel-Griaule (lesc/fmg_E_b_02, fmg_D_a_02_109_001) et Dakar-Djibouti (lesc/FDD_B_a_1).3.À ce stade, Marcel Griaule et Éric Lutten jouent également les copistes.4.Voir par exemple le plan associé aux photographies du palais du sultan de Ray Buba (clichés N.605 à N.610).5.Voir notamment la légende de la photographie 35.L.42.29 (lesc/fmg_E_a_03_L_42_029). Pour les différents inventaires photographiques de la mission Sahara-Soudan, du brouillon à la version dactylographiée, voir lesc/fmg_E_b_03 et lesc/FDD_B_a_2_01. Les photographes de cette mission (Éric Lutten, Solange de Ganay, Hélène Gordon et Marcel Griaule) contribuent tous à la rédaction de ces carnets.6.Sur les carnets photographiques de ces deux missions, voir lesc/fmg_E_b_04, lesc/ sdg_F_d_01, lesc/Fleb_C_d_02. Les carnets Rolleiflex ont pour scripteur Jean-Paul Lebeuf, seul photographe utilisant cet appareil.