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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Cliché témoins

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

Cliché témoins

Lorsqu’il définit la méthode ethnographique, Griaule présente la photographie comme un « témoin indépendant » et impartial qui rend compte de la réalité avec beaucoup plus d’objectivité et de précision qu’un écrit. Ces documents « authentiques » permettent selon lui de constituer les archives visuelles des sociétés étudiées ; elles servent aussi de « preuves » indiscutables à l’ethnographe lors de la publication de ses résultats[1]. Bien entendu, Griaule n’ignore pas qu’un cliché est également le produit du regard et des choix subjectifs de son auteur, voire le résultat d’une mise en scène, mais il préconise justement de rejeter effet esthétique et reconstitution pour conserver au document son authenticité et son caractère probant. Il admet toutefois d’éventuelles exceptions si la reconstitution est « entourée de toutes les précautions possibles »[2], mais sans donner de précisions sur les conditions exigées.

Or, vouloir célébrer en images cette beauté et cette authenticité africaines rend toute reconstitution inavouable, mais ne l’interdit pas, bien au contraire, notamment pour pouvoir photographier en temps voulu et dans des conditions optimales une sortie de masques, par exemple. La volonté de restituer la beauté naturelle et « sauvage » de l’Afrique aboutit également à des clichés parfois plus esthétisants que descriptifs : nues d’inspiration orientaliste, couchers de soleil ou jeux de lumière dans les nuages[3].

Coucher de soleil -  Addiet
Réparation de route menant au bac

1.Ces réflexions de Griaule sur l’enregistrement photographique sont tirées d’un ouvrage posthume publiée à partir des cours qu’il a dispensés depuis 1942 (M. Griaule, Méthode de l’ethnographie, Paris, Presses universitaires de France, 1957, pp. 81-83). Le point de vue qu’il exprime correspond donc davantage aux années 1930 qu’aux décennies suivantes.2.M. Griaule, Méthode de l’ethnographie…, op. cit., p. 82.3.Tout au long de leur parcours, les membres de la mission Dakar-Djibouti ont photographié des dizaines de couchers de soleil ou différents effets de lumière dans les nuages (voir par exemple les clichés S.297, N.1017 à N.1019, L.49.3, L.73.22). C’est le cas également pour les autres missions et l’un des couchers de soleil les plus réussis date d’ailleurs de 1929 (N.369).4.Sur l’occultation de la colonisation par les ethnographes des missions Griaule, voir notamment É. Jolly, Démasquer la société dogon. Sahara-Soudan, janvier-avril 1935, Les Carnets de Bérose, n° 4, Lahic/DPRPS-Direction des patrimoines, 2014, pp. 83-85, en ligne : http://www.berose.fr/IMG/pdf/carnet_be_rose_4.pdf.