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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Les conférences avec projection

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

Les conférences avec projection

Dans les milieux ethnologiques, l’organisation croissante d’expositions photographiques va de pair avec la multiplication des « conférences avec projection » usant de belles images fixes ou animées pour restituer à un large public les résultats d’une mission. En lien avec la campagne de séduction de Dakar-Djibouti en direction des médias et des mécènes, Griaule donne dès l’automne 1930 plusieurs conférences largement illustrées, voire construites autour des photographies projetées. La première, organisée à la Société de géographie de Paris le 14 novembre 1930, porte sur sa première mission en Éthiopie et elle s’accompagne, selon les journalistes, d’une « série de très belles photographies prises par l’explorateur » [1].

 

Au cours d’une deuxième conférence parisienne, le 20 décembre 1930, Griaule présente les « buts et méthodes de la prochaine mission Dakar-Djibouti » devant les membres du Lyceum de France. Lors de cet exposé, dont nous connaissons le texte [2], Griaule se sert largement des photographies prises précédemment en Éthiopie pour illustrer de façon vivante la méthode qu’il compte employer pour documenter sur son nouveau terrain la culture matérielle et les activités sociales, techniques ou religieuses des populations africaines. Plus précisément, il choisit ses exemples et construit le fil de son discours en fonction des images les plus frappantes qu’il a sélectionnées ; et il justifie le passage d’une plaque de projection à une autre par une double nécessité : celle de prendre « pour chaque objet une photographie de son cadre, de son milieu » et celle de suivre cet objet « dans toutes ses pérégrinations, dans tous ses usages ». Cela lui permet de projeter successivement les photographies suivantes, facilement identifiables : porteuses de cruche, femmes remplissant leurs jarres à une source, âne portant une jarre sur son dos, cruche miraculeuse, peintures de cette cruche [3]. Ses auditeurs sont d’ailleurs invités explicitement à suivre cet objet en images :

 

Suivons la femme noire qui porte sur son échine la cruche avec laquelle elle va chercher sa provision d’eau. […] Nous arrivons à la source. […] Suivons maintenant notre jarre livrée, sur le dos d’un âne, aux hasards du chemin.
Âne chargé d'une jarre Addiet

Par de subtils glissements, Griaule passe également de la place du marché à l’homme pendu à proximité, afin de projeter d’autres images choisies pour leur caractère impressionnant [4]. Par conséquent, ce sont bien les photographies présélectionnées qui déterminent en partie le contenu et la structure d’un exposé scientifique qui vise implicitement à séduire le public par un mélange d’images saisissantes et de phrases bien tournées.

Funérailles dogon à Sanga : chasseurs sur la terrasse mortuaire (mission Dakar-Djibouti, octobre 1931)

1.C. Schov, « Une conférence sur l’Abyssinie. M. Marcel Griaule parle de son dernier voyage » (coupure de presse du fonds Marcel-Griaule , lesc/fmg_F_a_018). Sur ce document, la référence manuscrite à L’Intransigeant du 17 novembre 1930 est probablement erronée.2.Le texte de cette conférence est reproduit et commenté dans Marcel Griaule et al., Cahiers Dakar-Djibouti, op. cit., pp. 101-119.3.Voir, dans l’ordre, les photographies 28N77, 28N201, 28S530, 28S228, 28N173, 28N383.4.Photographies 28N179 (marché) et 28N279 (pendu).5.Anonyme, Les conférences de la Société de géographie. De Dakar à Djibouti, Loire républicaine, 1er mars 1934 (coupure de presse dans le « Dossier pour retour Dakar-Djibouti », fonds Geneviève-Calame-Griaule, lesc/fgcalg).6.R. Moutard-Uldry, Retour de mission, Beaux-Arts, 2 mars 1934 (coupure de presse, lesc/fgcalg).7.Voir les boîtes lesc/fmg_E_c_01_01 et 02.8.Anonyme, Un intéressant récit de voyage, Argus soissonnais, 1er avril 1934 (coupure de presse, lesc/fgcalg).9.L. Vereyngé, Les rites mortuaires chez les Dogons ont été révélés par Marcel Griaule aux auditeurs des "galas littéraires", L’Écho d’Alger, 10 avril 1935, p. 3.10.Dans les comptes rendus de presse de cette conférence, les photographies décrites, en particulier celle de l’enfant dogon portant un crocodile sur sa tête, datent de 1931 (cliché N318 de Dakar-Djibouti, plaque de projection lesc/fmg_E_c_01_01_03).