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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Matériel moderne et profusion d’images

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

Matériel moderne et profusion d’images

S’il doit finalement se contenter d’images en noir et blanc pour des raisons techniques et financières, il emporte néanmoins deux boîtiers photographiques : l’un à chambre 9x12 cm avec des plaques de verre de même format, et l’autre, stéréoscopique, avec des plaques de verre 6x13 cm. Il dispose également d’un trépied, d’un flash au magnésium et du matériel nécessaire au développement. De cette première mission ethnographique, il rapporte environ 725 plaques de verre, dont 375 photographies stéréoscopiques (« série S »).

Pirogue, fleuve (Éthiopie)
Case du Binu de l’hyène à Diamenina<br />
1-2 [Village, paysage, berger : vue du haut du village]

Pour la quatrième mission Griaule (1936-1937), les quatre membres de Sahara-Cameroun ont à leur disposition trois appareils photographiques au moins – un Leica, un Gallus et un Rolleiflex – avec lesquels ils prennent environ 2000 clichés, dont 500 vues aériennes et 1050 négatifs 6x6 (« série R »). Les membres de la mission Lebaudy-Griaule de 1938-1939 rapportent quant à eux entre 5500 et 7000 photographies[8] (dont 2000 à 2500 photographies aérienne) en utilisant notamment deux Leica, un Gallus et un Rolleiflex.

 

Si Griaule accorde une place importante à la photographie (et à l’image en général), ce n’est pas le cas de tous les ethnographes ni de toutes les missions africanistes des années 1930. En 1935, Denise Paulme et Deborah Lifchitz n’ont pas prévu d’appareil photographique pour leur séjour de sept mois et demi en pays dogon. À leur demande, elles reçoivent néanmoins un Leica par colis postal près de cinq mois après leur arrivée, mais, par manque d’expérience, elles prennent très peu de photographies et les font développer en France[9]. Un tel cas de figure prouve que les ethnographes de cette époque considèrent la photographie comme un document secondaire, voire facultatif, par rapport aux notes de terrain.

 

1.Marcel Mauss, « Notes concernant l’exécution d’une mission d’études géographiques, ethnographiques et linguistique en Abyssinie centrale », texte non daté [fin 1927 ou début 1928], Institut Mémoires de l’édition contemporaine, dossier MAS 18.2.Adressée à Marcel Mauss, cette lettre de Marcel Griaule du 21 février 1928 mêle des extraits de formules conseillées par Jean Brunhes et des commentaires personnelles de Griaule (Institut Mémoires de l’édition contemporaine, dossier MAS 5.45).3.Marcel Griaule, « Mission Dakar-Djibouti. État des dépenses », 28 juillet 1934, p. 1 (Archives nationales, F17/17272, Griaule n° 3).4.L’un de ces Leica est un cadeau de Daniel-Henry Kahnweiller à son gendre Michel Leiris (J. Mercier, Les Traversées éthiopiennes de Michel Leiris. Amour, possession, ethnologie, Montpellier, L’Archange Minotaure, 2003, p. 37).5.Lors de la mission Dakar-Djibouti, Griaule découple souvent les deux objectifs de l’appareil stéréoscopique pour obtenir, sur une même plaque, deux photographies différentes et non deux images jumelles. C’est le cas d’environ 570 plaques sur 1260.6.Voir J. Jansen, The Mande Magical Mystery Tour – The Mission Griaule in Kangaba (Mali), Mande Studies, n° 2, 2000, pp. 97-114, ici p. 113 ; Marcel Griaule, « carnet marron [des préparatifs de Sahara-Soudan] », p. 15 (lesc/fmg_C_c_02_01). Le nombre de plaques et de pellicules n’est toutefois qu’une prévision et non un achat confirmé. L’inventaire de la douane n’indique que deux Leica, mais il omet l’appareil d’Hélène Gordon.7.Voir lesc/fmg_E_c_04_01.8.Le nombre de photographies prises au cours de la mission Lebaudy-Griaule varie d’un écrit à l’autre : 5500 (dont 2000 clichés aériens) selon un rapport officiel de Marcel Griaule (Archives nationales, F17/17272 Griaule n° 5 Mission Lac Iro), 7000 selon une première publication (Anonyme, Retour de la mission Lebaudy-Griaule en Afrique noire, Bulletin mensuel d’informations du Musée de l’Homme, I (1), avril 1939, p. 3), et enfin 6500 (dont 2500 photographies aériennes) selon une seconde publication (J.-P. Lebeuf, Retour de la mission Lebaudy-Griaule 1939, Revue de l’Empire français, mai-juin 1939, p. 58). Même l’estimation la plus basse inclut probablement les photographies prises par les Lebaudy car, dans les fonds Marcel-Griaule et Jean-Paul-Lebeuf, on ne trouve trace que de 3500 clichés environ.9.Voir D. Lifchitz et D. Paulme, Lettres de Sanga, éditées par Marianne Lemaire, Paris, CNRS Éditions, 2015, pp. 115, 125, 257.