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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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La photographie et son auteur

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

La photographie et son auteur

Il est vrai qu’au cours de cette expédition, Griaule a pris la majorité des photographies et les a développées, mais c’est avant tout en tant que chef de mission, responsable de tous les documents produits, qu’il devient officiellement l’auteur de toutes les photographies prises sous sa direction. La notion d’auteur renvoie donc ici à une autorité de référence et non plus à un opérateur. Cela n’a rien d’étonnant dans le contexte d’une mission nationale dont le chef, Marcel Griaule, contrôle et dirige tout, en particulier la production et la diffusion des images[5]. En 1932, dans un rapport à mi-parcours, Georges Henri Rivière définissait d’ailleurs les activités de chaque membre de Dakar-Djibouti en fonction de leurs responsabilités et de leurs postions hiérarchiques et non en fonction de la réalité de leur travail : « le chef de mission […] prend les photos et les films » tandis qu’un autre membre « assiste le chef »[6]. Et peu importe que le seul à avoir filmé soit justement l’assistant, Éric Lutten.

 

Pour les missions suivantes, Griaule peut plus difficilement s’imposer comme l’auteur de toutes les photographies prises sur le terrain. Il n’est plus le principal photographe et son autorité, voire sa présence sur le terrain, se font plus discrètes. En outre, les autres photographes deviennent plus indépendants et certains d’entre eux gèrent eux-mêmes leur matériel, leurs carnets d’inventaire et leurs épreuves, en gardant d’ailleurs leurs négatifs. C’est le cas de Jean-Paul Lebeuf, l’unique utilisateur d’un Rolleiflex, au cours des deux dernières missions Griaule des années 1930. En raison de cette évolution, les auteurs des clichés pris au cours Sahara-Soudan, Sahara-Cameroun et Lebaudy-Griaule sont plus facilement identifiables et, à partir de 1938, les photographies qu’ils ont prises leur sont généralement créditées dans les ouvrages scientifiques issus de ces expéditions[7].


Trois photographies publiées dans  l’article de Jean-Paul Lebeuf, Poulaillers africains

1.Voir par exemples les photographies insérées dans les articles suivants : F. Lot, L’art nègre au Trocadéro. Mission Dakar-Djibouti, Monde et voyages, 15 juin 1933, pp. 363-364 ; G.-H. Luquet, La mission Dakar-Djibouti au Musée d’ethnographie du Trocadéro, La Nature, 2915, 15 octobre 1933, pp. 366-368.2.Par recoupement, il devient ainsi possible de créditer la plupart des clichés de la mission Sahara-Soudan, à l’exception des plaques de verre : Éric Lutten a pris environ 1450 photographies, Marcel Griaule environ 750, Hélène Gordon une centaine et Solange de Ganay une cinquantaine. Par ailleurs, les cents clichés de la série « cinéma » sont tirés du film tourné par Roger Mourlan.3.M. Griaule, Conservons les Dogons des falaises nigériennes, Miroir du monde, n° 274, 1er juin 1935, pp. 662-663.4.Bibliothèque centrale du Muséum nationale d’histoire naturelle, 2 AM 1 M2e. Voir aussi, à la même cote, la lettre de Leiris à Griaule datée du 30 juin 1936.5.Sur Griaule « auteur-photographe », voir l’article d’A.-L. Pierre, Ethnographie et photographie. La mission Dakar-Djibouti, Gradhiva, 30 / 31, 2001 / 2002, pp. 105-113, ici p. 107.6.G. H. Rivière, « Rapport sur la Mission Dakar-Djibouti », 8 janvier 1931 (Bibliothèque centrale du Muséum…, 2 AM 1 A3b).7.Voir notamment les crédits photographiques attribués à Lutten, Mourlan et Ganay dans le livre de M. Griaule, Masques Dogons, Paris Institut d’ethnologie, 1938, p. 889-890.