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à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

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Photographier les rites ou les fêtes

Les photographies des missions Griaule : des documents annexes ?

Photographier les rites ou les fêtes

Dans la première moitié des années 1930, les membres des missions Griaule suivent avec une attention particulière les rites sacrificiels ou funéraires qu’ils ont la possibilité d’observer (ou de reconstituer, le cas échéant). Travaillant en équipe, ils se répartissent sur le lieu de la cérémonie pour tout voir et tout saisir sous des angles différents et par des moyens d’enregistrement différents : note manuscrite, croquis, photographie, cinématographie et, plus rarement, phonographie. Dans la plupart des cas, plusieurs photographes couvrent simultanément la même scène en étant placés chacun à des endroits stratégiques : l’un d’entre s’arrange généralement pour être dans une position surplombante afin de disposer d’une vue large et plongeante, tandis que d’autres, plus mobiles, se trouvent au niveau du sol et au plus près des participants. Cela leur permet de suivre tous les acteurs du rituel en multipliant aussi bien les plans d’ensemble que les plans moyens, voire les gros plans.

Simulacre de combats lors des funérailles d’un chasseur dogon
Renversement du taureau pour le sacrifice du 8 octobre 1932
Reconstitution de danses masquées à Sanga en 1935

À l’instar des deux sacrifices évoqués précédemment, la majorité des cérémonies photographiées et cinématographiées sont organisées ou reconstituées à la demande des ethnographes, en particulier au cours des missions Dakar-Djibouti et Sahara-Soudan. Ces rituels sur commande permettent une meilleure maîtrise des prises de vues et certaines reconstitutions ne visent d’ailleurs qu’à obtenir rapidement de belles images et des reportages exhaustifs[8]. En revanche, reconstitutions, quadrillage spatial des rituels et images en plongée ne sont plus de mise lorsque Jean-Paul Lebeuf reste seul sur le terrain pendant un an au moment de Sahara-Cameroun. Privé de coéquipier, il enregistre à plusieurs reprises toutes les étapes d’une cérémonie funéraire fali en photographiant acteurs et spectateurs sous différents angles, en accompagnant leurs déplacements et en alternant plans larges et plans rapprochés[9].


L'enterrement tôji en 1936

1.M. Griaule, Introduction méthodologique, Minotaure, n° 2, juin 1933, pp. 7-12 ; Méthode de l’ethnographie, Paris, Presses universitaires de France, 1957, pp. 48-50.2.Par exemple, cliché lesc/fmg_E_a_02_L_13_023.3.Les neuf plans dessinés par Marcel Griaule correspondent aux fiches lesc/fmg_D_a_04_071.4.Parmi les fiches sur les « funérailles [du] chasseur », voir notamment les fiches 8 et 9 de Michel Leiris (lesc/fmg_D_a_04_070).5.À titre d’exemple, voir la photographie prise à « 10h05 », au moment où « le taureau est amené » dans la cour pour y être égorgé (lesc/fmg_E_a_02_L_68__016).6.Voir les photographies des bobines Leica 82 et 83 et les plaques S1091 à S1098, N1003.7.Voir infra la partie sur les illustrations photographiques.8.Pour pouvoir photographier et filmer des rituels spectaculaires dans de bonnes conditions, les membres de la mission Sahara-soudan payent ainsi de grandioses reconstitutions de danses masquées et suscitent eux-mêmes différents sacrifices grâce au don d’un veau, d’un chien et d’une chèvre.9.Voir les pellicules Rolleiflex sur l’enterrement d’un fils de chef et d’un vieux (lesc/fleb_D_b_01_01_031, 032, 034 et 035).