Recherche avancée

à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

à la naissance de l’ethnologie française

Les missions ethnographiques en Afrique subsaharienne (1928-1939)

Vous êtes ici :  Accueil » Missions

Missions

PP0029747_01.jpg

Mission Abyssinie

 

(25 septembre 1928 - 5 août 1929)

 

Un an après avoir obtenu son diplôme d’amharique, Marcel Griaule effectue ses premières recherches de terrain au nord-ouest de l’Éthiopie, dans la province du Godjam. Cette mission ethnographique et linguistique, dont il est le chef, se distingue des suivantes par son absence de médiatisation et par le nombre restreint de ses membres : Griaule se charge seul des enquêtes orales et abandonne l’intendance à son unique coéquipier, le menuisier Marcel Larget. Il n’en applique pas moins les méthodes apprises à l’Institut d’ethnologie en 1926-1927 : il collecte simultanément des objets, des manuscrits, des animaux et des plantes ; combine enregistrements photographiques, relevés graphiques et croquis de travail ; confie des enquêtes spécifiques à des lettrés éthiopiens ; et étend ses recherches à des sujets très variés, des proverbes à l’agriculture, même s’il privilégie l’ethnographie religieuse des Amhara, christianisés de longue date (mythes de création, cultes des saints et des génies zar, règles et histoire de l’Église éthiopienne, iconographie chrétienne, rituels…).

PP0001456_01.jpg

Mission Dakar-Djibouti

 

Mission ethnographique et linguistique Dakar-Djibouti

(10 mai 1931-17 février 1933)

 

  Fort de sa première expérience de terrain de 1928-1929, Marcel Griaule organise et dirige une seconde mission beaucoup plus ambitieuse en termes de personnel, d’équipement, de durée et d’amplitude géographique. Voyage transafricain de vingt et un mois, Dakar-Djibouti est en effet la plus grande expédition ethnographique française, et la seule à être financée par voie parlementaire. Elle coïncide avec l’exposition coloniale internationale de 1931 et profite ainsi de l’engouement national pour les colonies françaises, mais elle participe surtout à la reconnaissance et à la professionnalisation de l’ethnologie française par sa médiatisation, par ses soutiens politiques, par ses nouvelles méthodes d’enquête et de collecte, par l’ampleur de ses résultats, et par ses liens étroits avec l’Institut d’ethnologie et le Musée d’ethnographie du Trocadéro, dont elle est l’antenne mobile et le laboratoire expérimental. Influencée également par les expéditions naturalistes du XIXe siècle et par la croisière noire Citroën de 1924-1925, cette mission est composée de quatre membres permanents (Marcel Griaule, Marcel Larget, Michel Leiris et Éric Lutten) et de sept membres temporaires (Abel Faivre, Deborah Lifchitz, Jean Mouchet, Jean Moufle, Michel Oukhtomsky, Gaston-Louis Roux et André Schaeffner).

PP0001051_01.jpg

Mission Sahara-Soudan

 

(6 janvier 1935 -15 avril 1935)

 

Dans le prolongement de Dakar-Djibouti, la troisième mission Griaule – baptisée Sahara-Soudan – recentre ses recherches sur le seul pays dogon, au Soudan français, en privilégiant l’étude d’institutions présumées secrètes et sacrées. L’équipe constituée autour de Marcel Griaule comprend cinq autres ethnographes (Solange de Ganay, Hélène Gordon, Marcel Larget, Éric Lutten, André Schaeffner) ainsi qu’un opérateur cinématographique (Roger Mourlan). Comme en 1931, leurs méthodes reposent sur une division thématique du travail lors d’enquêtes et de collectes conjointes menées à partir de leur campement de base, au centre du pays dogon, mais Griaule innove également en remplaçant l’observation collective d’un rituel par l’observation aérienne des lieux d’enquête. Leur objectif est double : saisir et archiver la totalité d’une société encore « préservée », pour en percer les secrets, mais aussi contribuer au développement de l’ethnologie en investissant les médias et en prélevant des objets pour le Musée d’ethnographie du Trocadéro. Par ailleurs, cette mission marque un tournant dans les recherches de terrain de Griaule, centrées désormais, et pour plus de vingt ans, sur les Dogon de Sanga.

fmg_E_a_03_L_68_035_01.jpg

Mission Paulme-Lifchitz

 

(janvier - octobre 1935)

 

Au mois de janvier 1935, Deborah Lifchitz et Denise Paulme quittent Paris pour rejoindre le village dogon de Sanga, au Soudan français. Plusieurs collègues sont également du voyage, avec à leur tête Marcel Griaule qui, deux ans après avoir conduit la mission Dakar-Djibouti, dirige un projet centré cette fois sur le pays dogon. Mais les membres de cette nouvelle mission, appelée « Sahara-Soudan », ne restent que quelques semaines à leurs côtés. Disposant de leur propre financement, Deborah Lifchitz et Denise Paulme ont la possibilité de prolonger leur séjour à Sanga où elles mènent une enquête longue et intensive qui leur permet d’accéder à une connaissance globale de la société dogon.

fleb_D_b_01_01_014_001.jpg

Mission Sahara-Cameroun

 

(10 juillet 1936 - 16 octobre 1937)

 

Alors que la troisième mission Griaule prolongeait les travaux de Dakar-Djibouti en pays dogon, la mission suivante complète les recherches de 1932 au Nord-Cameroun en menant à la fois des enquêtes ethnographiques – en particulier sur les Fali – et des fouilles archéologiques, sources de découvertes inédites sur l’art et la culture des anciens Sao. De telles fouilles avaient été programmées au moment de Dakar-Djibouti, sur la base d’informations fournies par Théodore Monod, mais elles avaient été abandonnées faute de temps. Cette alternance de recherches ethnographiques et archéologiques n’est pas la seule caractéristique de Sahara-Cameroun. Comme en 1931 et en 1935, Griaule cherche à combiner science, performance et traversée aventureuse, mais il se sert pour la première fois d’un avion de tourisme pour atteindre son terrain. Enfin, la dernière originalité de cette mission tient à la présence intermittente de Griaule, chef de mission, alors que Jean-Paul Lebeuf, élève de l’Institut d’ethnologie, est le seul membre permanent et le pilier de Sahara-Cameroun. Les deux autres participants sont l’aviateur Georges Guyot, propriétaire de l’avion de tourisme utilisé par la mission, et Paul-Henry Chombart de Lauwe, lui aussi élève de l’Institut d’ethnologie et futur sociologue.

sdg_F_b_02_02_270.jpg

Mission Ganay-Dieterlen

 

(18 février - 16 octobre 1937)

 

Cette seconde mission féminine au Soudan français a laissé peu de traces dans les journaux ou dans les revues scientifiques en dehors de deux ou trois annonces lapidaires . Elle n’a même pas de nom officiel, mais les archives permettent au moins de reconstituer son déroulement avec précision. Organisée par Solange de Ganay et Germaine Dieterlen, elle prolonge les recherches menées sur le même terrain par les ethnographes de Dakar-Djibouti et Sahara-Soudan, de 1931 à 1935. Proches de Marcel Griaule, ces deux ethnologues ignorent en revanche, voire dénigrent, les travaux effectués deux ans plus tôt par la mission Paulme-Lifchitz. Elles se placent d’ailleurs sous l’autorité de Griaule ou sous sa supervision en l’accueillant pendant un mois à son retour du Cameroun, en suivant ses directives à distance et en répondant à ses questionnaires lors d’échanges épistolaires réguliers. Voilà pourquoi Griaule parle parfois de la « mission Griaule-Ganay-Dieterlen » . Enfin, contrairement à Denise Paulme et Deborah Lifchitz, Solange de Ganay et Germaine Dieterlen se séparent assez rapidement : la première reste près de sept mois en pays dogon, alors que la seconde n’y séjourne qu’un peu plus de deux mois, pour son premier terrain.

 

fleb_D_b_01_03_159_009.jpg

Mission Lebaudy-Griaule

 

Mission Lebaudy-Griaule ou Mission Niger-Lac Iro

(23 novembre 1938 - 15 mai 1939)

 

Un an après Sahara-Cameroun, Marcel Griaule prend la direction scientifique d’une nouvelle mission collective à destination de l’Afrique afin de compléter sa documentation ethnographique, photographique et matérielle sur les Dogon du Soudan français et sur les anciens Sao, dont les traces matérielles ont été révélées par les fouilles de 1936-1937 dans l’extrême nord du Cameroun. Traversant en camion sept pays, de l’Algérie jusqu’au Tchad, il en profite pour étendre ses recherches aux voisins orientaux des Dogon, en l’occurrence les Kouroumba, à la frontière du Soudan français et de la Haute-Volta, mais il poursuit également ses investigations beaucoup plus à l’est, en particulier chez les Sara de Kyabé et les Goula du lac Iro, au Tchad. Sur le modèle de Dakar-Djibouti, cette mission combine ainsi enquêtes intensives, recherches exploratoires et périple automobile sur de longues distances. Elle se distingue néanmoins des expéditions précédentes par un financement presque entièrement privé, par une association insolite entre voyage scientifique et tourisme familial, et enfin par l’existence de deux groupes quasiment autonomes dirigés respectivement par Jean Lebaudy et Marcel Griaule. Ces deux équipes indépendantes empruntent des itinéraires distincts et poursuivent des objectifs différents : géographique et cynégétique pour la première, et essentiellement ethnographique ou archéologique pour la seconde.